Wednesday, June 10

“Viv Ansanm” et “Gran Grif” désignés : Une sanction symbolique sans effet sur les gangs

La récente désignation des gangs “Viv Ansanm” et “Gran Grif” par les États-Unis comme “terroristes” semble représenter un tournant dans la lutte contre l’insécurité en Haïti. Toutefois, cette mesure, bien qu’emblématique, reste avant tout symbolique et n’aura que peu d’impact sur le terrain.

Cette désignation empêche les membres de ces gangs d’établir des relations avec des citoyens ou institutions américaines, notamment en ce qui concerne les transactions financières. Cela paraît être une mesure forte, mais la réalité est bien différente. Les gangs haïtiens, pour la plupart, fonctionnent en dehors des circuits financiers officiels, opérant dans des systèmes informels basés sur le cash, la contrebande, et le racket. Ainsi, l’interdiction de contacts avec des entités américaines ne fait que peu de différence pour des groupes qui n’ont pas de liens directs avec des institutions bancaires ou économiques internationales.

D’un point de vue diplomatique, cette désignation semble plus être une tentative de montrer une prise de position forte de la part des États-Unis contre la criminalité transnationale. Mais elle manque d’un accompagnement concret pour aider Haïti à neutraliser ces gangs. En l’absence de soutien direct aux forces de sécurité haïtiennes ou d’une action militaire coordonnée, la désignation reste une mesure symbolique, plus diplomatique que stratégique.

L’absence d’accompagnement opérationnel est la principale faiblesse de cette approche. Les gangs continuent de contrôler de vastes territoires en Haïti, extorquant des sommes importantes à la population, pratiquant des enlèvements et provoquant des violences quotidiennes. La décision américaine, bien que bien intentionnée, n’offre pas de solution tangible aux autorités haïtiennes pour mettre un terme à ce fléau.

Les Haïtiens, en proie à la violence des gangs, attendaient bien plus qu’un geste diplomatique. Ce qu’ils souhaitent, c’est un soutien réel, une aide logistique et des actions concrètes pour renforcer la sécurité, affaiblir les réseaux criminels et restaurer l’ordre dans leurs communautés. L’absence de telles mesures montre la distance entre les déclarations politiques et les besoins urgents sur le terrain. En définitive, bien que cette désignation envoie un message clair contre la criminalité transnationale, elle soulève la question de la véritable implication des puissances étrangères dans la résolution des problèmes sécuritaires d’Haïti. La population haïtienne continue de subir la violence des gangs, et la communauté internationale doit faire davantage que des déclarations diplomatiques pour répondre à cette crise profonde.